Le professeur Mary Teuw Niane, directeur de Cabinet du président de la République, hausse une nouvelle fois le ton contre ce qu’il considère comme des dérives dans la pratique politique actuelle. Dans une tribune rendue publique ce dimanche, il dénonce l’installation progressive d’une « terreur intellectuelle » et met en garde contre les risques que cette logique ferait peser sur la démocratie, l’État de droit et les institutions de la République. Une nouvelle prise de position qui résonne comme une critique directe de la ligne politique portée par Ousmane Sonko et son camp.
Le constat dressé par Mary Teuw Niane est sans détour. Selon lui, une forme insidieuse de pression s’installe dans le débat public sénégalais. « Intimider, salir, insulter, menacer » seraient devenus, à ses yeux, des moyens de réduire au silence les cadres, les intellectuels, les religieux et tous ceux qui osent exprimer une opinion différente.
Dans sa tribune, le directeur de Cabinet du chef de l’État s’attaque à la transformation du débat politique en affrontement permanent. Il estime que certaines pratiques sur les réseaux sociaux, contribuent à installer un climat où la contradiction devient difficile, voire suspecte.
La « meute numérique » dans le viseur
Le professeur Niane dénonce ce qu’il décrit comme une « jeunesse parfois transformée en meute numérique », mobilisée pour « traquer la pensée différente » et intimider ceux qui refusent la pensée unique. Une formule forte, qui vise les pratiques de militants très actifs sur les réseaux sociaux et souvent associés au camp de Pastef. Pour Mary Teuw Niane, la conquête du pouvoir ne saurait justifier l’instauration d’un rapport de force permanent avec les voix discordantes. « Lorsqu’une société accepte la terreur intellectuelle, elle ouvre la porte à la terreur politique », écrit-il, estimant que la peur ne peut devenir une méthode de conquête ou d’exercice du pouvoir sans que la liberté finisse par en être la première victime.
Cette sortie intervient dans un contexte politique marqué par de fortes tensions autour de la gouvernance du régime issu de l’alternance de 2024. Elle constitue une nouvelle alerte lancée par une personnalité proche du président de la République sur certaines méthodes politiques attribuées au camp d’Ousmane Sonko.
Des valeurs sénégalaises détournées
Mary Teuw Niane convoque dans sa tribune les valeurs traditionnelles sénégalaises pour étayer son propos. Il cite « la kersa, le jom, le sutura, le jub, le wer, le teral et le sella », qu’il présente comme des valeurs ayant longtemps contribué à cimenter la société. Mais, selon lui, « ces références sont détournées de leur sens originel pour devenir des instruments de coercition et de soumission ». Pour le directeur de Cabinet du président de la République, la tradition sénégalaise ne peut être invoquée pour imposer le silence ou empêcher la contradiction. « Notre tradition n’est pas la soumission. Elle est le débat, la contradiction, la liberté de conscience et le respect de l’autre ».
« Refuser le silence est un devoir civique »
Toutefois, Mary Teuw Niane appelle les Sénégalais à ne pas céder à la peur et à ne pas renoncer à leur droit de questionner, de critiquer et de contredire. Il établit un parallèle avec les luttes politiques du passé. Ce qui avait constitué hier, selon lui, « une arme contre un pouvoir finissant pourrait aujourd’hui se retourner contre la République elle-même », ses institutions, son État de droit et sa démocratie. « Refuser le silence est aujourd’hui un devoir civique », affirme-t-il.
Le directeur de Cabinet présidentiel appelle à une autre manière de faire de la politique, « à la violence des mots », il oppose « la force des idées » ; « à l’intimidation, le courage » ; « à la haine, la dignité » ; et « à la confusion, la raison », conclut l’universitaire.
Fatou DIOP












