L’Assemblée nationale a accueilli hier le ministre de l’Intérieur pour l’examen du projet de loi relatif aux activités de sécurité privée. L’occasion faisant le larron, l’actualité de la crise universitaire était au centre des débats. Aussi bien la majorité que l’opposition ont dénoncé la brutalité des policiers qui a mené à la mort de Abdoulaye Ba. Néanmoins, certains députés de l’opposition tiennent pour responsables le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur à qui il demande de démissionner. Alors que la majorité salue les sanctions prises par Bamba Cissé et lui renouvelle leur confiance.
L’ordre du jour de la plénière d’hier portait sur la sécurité privée ; mais, avec l’actualité brûlante de la crise universitaire et le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, la quasi-totalité des intervenants ont préféré utiliser leur temps de parole pour partager leur amertume face à la situation qui prévaut à l’Ucad.
Du côté de la majorité, les députés ont regretté que la brutalité policière à laquelle Pastef a fait face durant les événements de 2021-2024 n’ait toujours pas changé. Pour eux, l’impunité de ces actions a donné aux forces de l’ordre le courage de brimer les étudiants, tout en se disant qu’il ne leur arrivera rien. C’est pourquoi ils demandent au ministre de l’Intérieur, après l’avoir félicité pour les sanctions prises, d’aller jusqu’au bout pour que tous les coupables tombent.
Seynabou Y. Sarr : «pourquoi devrions-nous commencer les réformes à l’université alors que les Dg, députés gardent leurs privilèges ?»
Seynabou Yacine Sarr reconnaît le besoin de réformer, mais dit ne pas comprendre pourquoi on doit commencer par la bourse des étudiants, alors que les Directeurs généraux, les députés et beaucoup d’autres personnalités de l’Etat continuent de bénéficier de leurs privilèges à coups de millions. Même si elle salue la posture du ministre face à la mort de Abdoulaye Ba, Mme Sarr lui demande d’aller jusqu’au bout.
Guy Marius : «des policiers se sont conduits comme des bandits à l’université»
Guy Marius Sagna commence son intervention par une plaidoirie pour les policiers femmes enceintes qui risquent de perdre leur travail, avant d’aborder les événements à l’Ucad. «Certains policiers qui sont intervenus à l’Ucad lors de la dernière grève sont des nervis. Certains se sont conduits comme des bandits, avec cruauté et haine. Nous ne pouvons pas accepter que des policiers agissent comme des voyous, qui font tout sauf du maintien de l’ordre», fulmine Guy Marius Sagna, qui disculpe le ministre de l’Intérieur : «je sais que vous leur direz que nous tenons à dénoncer avec la dernière énergie leurs agissements. Nous avons une police néocoloniale, structurellement violente. On a installé un climat d’impunité au niveau des Fds, ce qui pousse certains à penser qu’ils ont un permis d’insulter, de bastonner et même d’assassiner. Il est temps de décoloniser la formation de nos policiers».
Ramatoulaye Bodian : «vous devez relever le défi d’humaniser les forces de l’ordre»
Ramatoulaye Bodian d’abonder dans le même sens pour demander au ministre de l’Intérieur de relever le défi d’humaniser les forces de l’ordre. « Les images que nous avons vues à l’université lors de cette grève nous ont rappelé de douloureux souvenirs. Nous ne voulons plus de bavure policière, il vous incombe de relever ce défi».
Thierno. Alassane Sall : «la responsabilité première incombe au Pm, au ministre de la Justice et au ministre de l’Enseignement supérieur»
Pour l’opposition, le ministre de l’Intérieur ne fait que se chercher des boucs émissaires alors que les véritables responsables ne sont pas inquiétés. Pour Thierno Alassane Sall, la responsabilité première incombe au Premier ministre, au ministre de la Justice et au ministre de l’Enseignement supérieur. «C’est bien beau de faire le procès de la police, mais le gouvernement aurait pu éviter la mort du jeune Abdoulaye Ba. Nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme en décembre dernier, mais le Premier ministre a préféré déclarer la guerre aux étudiants et voila où cela nous a menés», affirme le député qui commente la dernière sortie du procureur : «j’ai eu honte pour lui. Il aurait dû expliquer pourquoi des étudiants ont préféré sauter du 4ème étage que de passer par les escaliers», indique Thierno Alassane Sall qui poursuit : «au lieu de chercher des boucs émissaires, le chef que vous êtes aurait dû démissionner directement. Le ministre de l’Enseignement supérieur a eu la maladresse de dire que la réforme, ça passe ou ça casse et les étudiants, qui se sont sentis trahis, se sont braqués», dit-il.
Racky Dia de faire demander à ses collègues de la majorité s’il faut désigner maintenant Ousmane Sonko comme l’assassin de Abdoulaye Ba, puisqu’ils étaient prompts à accuser Macky Sall de tous les maux.
Abdou Mbow : «prenez vos responsabilités, ne cherchez pas de bouc émissaire»
Abdou Mbow rappelle à Bamba Cissé que ces etudiants qui sont martyrisés aujourd’hui aspirent à devenir quelqu’un dans ce pays, comme il a nourri le rêve à un moment donné de sa vie. Citant les propos de Bamba Cissé lors de la mort de l’étudiant Bassirou Faye, ce dernier lui rappelle : «comme il l’avait suggèré à cette époque, la police ne doit pas s’occuper de l’enquête de la mort de Abdoulaye Ba, c’est à la gendarmerie de s’en charger. Et comme il l’avait expliqué, il y a 11 ans, on ne peut pas dédouaner l’Etat, donc vous êtes responsable, votre ministre est responsable». Poursuivant, Abdou Mbow dira au ministre de l’Intérieur : «je sais que vous êtes attaché aux valeurs humaines mais pour cette fois vous devriez prendre vos responsabilités et ne pas chercher de bouc émissaire», dit-il.
Ces propos de Abdou Mbow lui ont valu des attaques acerbes de ses collègues de la majorité. Amy Dia, «détenue politique», de maudire presque les acteurs de l’ancien régime. «Vous devriez avoir honte de vous indigner face à une quelconque situation de violence. Vous nous avez brimés, torturés et tués sans état d’âme et vous osez demander la démission des autorités, parce qu’une situation malencontreuse s’est présentée à elles. Vous devriez la fermer quand on parle de violence sur les gens», fulmine-t-elle tout en assurant que le décès de Abdoulaye Ba est plus que regrettable et qu’une telle situation ne devrait plus se répéter.
Nd. Kh. D. F












