
Dans une année électorale cruciale pour le continent, plusieurs femmes élues ces derniers mois à travers l’Afrique ont partagé avec « The Guardian » les défis qu’elles rencontrent en politique et les avancées qu’elles ont constatées. Parmi elles, l’ancien ministre du Développement communautaire, de la Solidarité nationale et de l'Equité sociale et territoriale, Thérèse Faye Diouf. La députée Apr de Fatick, incarne le combat pour une meilleure représentation des femmes dans les instances de décision.
Alors qu’elles luttent pour le changement, le chemin des femmes vers le parlement en Afrique reste encore très difficile. Dans son entretien avec le quotidien britannique « The Guardian », Thérèse Faye Diouf revêt les habits d’une pionnière engagée et fait des déclarations et autres révélations inédites sur les débuts de son engagement politique.
En novembre 2024, Thérèse Faye Diouf a été élue pour la première fois à l’Assemblée nationale du Sénégal, rejoignant ainsi les 73 femmes qui siègent parmi les 165 députés du pays. Ce chiffre fait du Sénégal le pays d’Afrique de l’Ouest avec le taux de représentation féminine le plus élevé au parlement. Cependant, ce progrès reste contrasté : parmi les 34 membres du gouvernement nommé en avril, seules quatre sont des femmes.
À 43 ans, Thérèse Faye Diouf, membre de l’Alliance pour la République (Apr), a déjà une carrière politique bien remplie. Ancienne ministre des Affaires féminines, du Développement communautaire et de l’Égalité sociale sous le régime du président Macky Sall, elle a également été maire de Diarrère, dans la région de Fatick, de 2014 à 2022, devenant la première femme élue à ce poste.
“Mes six enfants me connaissent comme leur mère, mais mes administrés me voient comme la mère de la communauté”, confie-t-elle, illustrant ainsi son engagement politique et social profond.
Un parcours semé d’embûches
Après des études de sociologie à l’université, Thérèse Faye Diouf a travaillé comme assistante législative avant de diriger une agence de protection de la petite enfance. Son engagement politique, cependant, ne s’est pas fait sans heurts. “Mon père, gendarme, était initialement réticent à me voir embrasser une carrière politique. J’ai dû faire preuve de résilience et de détermination”, raconte-t-elle. L’un des moments les plus éprouvants de son parcours fut son accusation en 2011 de participation à un coup d’État déjoué. “J’ai été blanchie. Ma fille n’avait que six mois à l’époque. Ce fut une épreuve douloureuse.”
Les résistances à sa candidature sont également venues de la société. Lors de sa campagne municipale, un ancien lui déclara qu’il ne pouvait pas soutenir une candidate portant des boucles d’oreilles en or, sous-entendant ainsi qu’une femme n’était pas apte à gouverner. “Après mon élection, il est venu s’excuser et a reconnu que les femmes étaient souvent plus efficaces que les hommes dans la gestion locale”, se souvient-elle avec un sourire.
Un combat pour les droits des femmes
À l’Assemblée nationale, Thérèse Faye Diouf veut porter plusieurs combats essentiels pour les femmes. Lorsqu’elle était ministre, elle avait défendu un projet de loi sur la protection sociale, qui, après son départ, n’a jamais été repris. “En tant que députée, c’est une occasion de remettre ce projet sur la table”, affirme-t-elle avec détermination.
Elle milite également pour l’accès des femmes à la terre, une problématique cruciale au Sénégal où l’agriculture est un moteur économique majeur. “Les femmes jouent un rôle clé dans le secteur agricole, mais elles restent marginalisées dans l’accès à la propriété foncière. C’est une injustice qu’il faut corriger.”
Pour Thérèse Faye Diouf, l’éducation est également un levier essentiel pour changer la société. “Il faut se concentrer sur l’éducation de base et inculquer aux jeunes le goût du savoir et de l’excellence”, insiste-t-elle.
Un modèle pour les futures générations
Malgré les défis, Thérèse Faye Diouf demeure optimiste quant à l’avenir des femmes en politique au Sénégal et en Afrique. Son parcours inspire une nouvelle génération de femmes qui souhaitent s’impliquer et faire entendre leur voix dans la gestion des affaires publiques. “Le chemin est encore long, mais chaque femme qui entre en politique ouvre la voie à d’autres. La parité ne doit pas être un slogan, mais une réalité vécue dans toutes les sphères de la société.”
En 2024, les femmes africaines continuent de lutter pour leur place dans les parlements et les gouvernements. Avec des figures comme Thérèse Faye Diouf, la progression vers une véritable égalité des sexes en politique semble en marche, malgré les embûches encore nombreuses.
Sidy Djimby NDAO avec The Guardian