Dix-huit supporters sénégalais sont toujours détenus à Rabat dans un climat judiciaire délétère. Grève prolongée, droits de la défense bafoués, absence de garanties de procès équitable : l’alerte lancée par leur avocat est formelle. Pourtant, ni le ministère sénégalais des Affaires étrangères ni la Fédération sénégalaise de football ne semblent mesurer l’urgence. À force de silence, l’État sénégalais prend le risque d’un abandon.
Une détention provisoire qui s’éternise
Arrêtés à la suite des incidents survenus en marge de la Can 2025, dix-huit supporters sénégalais croupissent depuis plusieurs semaines en détention provisoire à Rabat. Officiellement, un procès devait se tenir le 12 février. Mais la réalité judiciaire marocaine est tout autre : la grève des avocats locaux, appelée à se prolonger, a paralysé les juridictions et plongé les détenus dans une incertitude totale.
La détention provisoire, mesure exceptionnelle par essence, est en train de se transformer en sanction de fait. Sans jugement. Sans échéance claire. Sans garanties procédurales.
L’alerte grave de l’avocat : une justice inaccessible
L’inquiétude a franchi un cap avec la sortie publique de Maître Patrick Kabou, avocat constitué des 18 détenus. Son message est sans appel et décrit une situation incompatible avec les principes élémentaires d’un État de droit.
L’avocat affirme ne pas disposer de la procédure, ne pas pouvoir communiquer avec ses clients et être régulièrement empêché d’accéder au Tribunal de Première Instance de Rabat, au même titre que d’autres compatriotes. Une accumulation de dysfonctionnements qui équivaut, de fait, à une négation des droits de la défense.
Dans ces conditions, la notion même de procès équitable devient théorique.
Le ministère des Affaires étrangères face à ses responsabilités
Face à un tel tableau, le silence du ministère sénégalais des Affaires étrangères interroge. Aucune communication officielle détaillée. Aucune pression diplomatique clairement assumée. Aucune initiative visible à la hauteur de la gravité de la situation.
Or, la protection des ressortissants à l’étranger est une obligation régalienne. Elle ne saurait être reléguée derrière des considérations diplomatiques ou des équilibres bilatéraux. Lorsque des citoyens sont privés de leurs droits fondamentaux, la retenue devient une faute. Une diplomatie qui n’agit pas est une diplomatie qui abdique.
La Fsf, grande absente quand les supporters souffrent
Autre silence assourdissant : celui de la Fédération sénégalaise de football. Prolixe dans les moments de gloire, prompte à capitaliser sur l’image populaire du football sénégalais, la Fsf semble absente dès lors que ceux qui animent les tribunes se retrouvent en détresse.
Aucune prise de position publique forte. Aucune démarche visible en faveur des supporters détenus. Comme si le lien entre la fédération et sa base s’arrêtait aux victoires.
Pourtant, ces supporters ne sont pas des figurants. Ils incarnent l’âme populaire du football sénégalais. Les abandonner aujourd’hui, c’est rompre un pacte moral fondamental.
Un test de souveraineté et de crédibilité
Au-delà des personnes concernées, ce dossier est un test politique majeur. Il mesure la capacité du Sénégal à défendre ses citoyens hors de ses frontières. Il interroge la crédibilité de ses institutions, tant diplomatiques que sportives.
À force de silence, le risque est clair : l’opinion se lasse, l’actualité passe, et les détenus sombrent dans l’oubli carcéral. Une issue déjà vue ailleurs, trop souvent.
Chaque jour qui passe sans réaction ferme renforce l’injustice. À Rabat, la justice est paralysée. À Dakar, la parole officielle est inexistante. Entre les deux, dix-huit Sénégalais attendent, enfermés, que leur pays se souvienne d’eux.
Ne rien faire, c’est déjà choisir. Et ce choix pourrait coûter cher.
--------------------------












