La tension est montée d’un cran à la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts). À la suite de la plainte ayant visé cinq syndicalistes, l’Intersyndicale Synpics – Synpap est sortie de sa réserve et a livré un communiqué d’une rare virulence, mettant directement en cause le Directeur général de la Rts, Pape Alé Niang. Pour les représentants des travailleurs, l’affaire marque une ligne rouge franchie et justifie désormais une exigence claire : sa destitution immédiate.
Selon l’Intersyndicale, les cinq syndicalistes convoqués à la Section de recherches ont été libérés après près de dix heures d’audition, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Un dénouement qui, pour les syndicats, confirme le caractère « infondé et politique » des accusations portées contre des représentants légitimes des travailleurs. « Les faits sont graves », martèlent-ils, estimant que cette procédure traduit une volonté délibérée d’intimidation, incompatible avec la mission d’un service public d’information.
Une direction accusée d’intimidation et d’arbitraire
Dans leur communiqué, les syndicats dressent un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle de la Rts. Ils dénoncent des pratiques qu’ils jugent autoritaires, visant à museler l’action syndicale et à instaurer un climat de peur au sein de l’entreprise publique. Pour l’Intersyndicale, la convocation des cinq syndicalistes relève d’une stratégie d’intimidation destinée à affaiblir la contestation sociale et à remettre en cause les acquis des travailleurs. « Face à cette dérive inacceptable, nous adoptons une posture de fermeté absolue », avertissent les syndicats, qui estiment que la Direction générale a rompu le pacte de confiance nécessaire au bon fonctionnement d’un média public. Ils considèrent que Pape Alé Niang a « perdu toute légitimité morale et professionnelle » pour diriger la Rts et que son maintien à la tête de l’institution constitue désormais une menace pour l’intégrité du service public.
Une exigence claire, la destitution immédiate
L’Intersyndicale ne se contente pas de dénoncer. Elle formule des exigences précises et sans ambiguïté. Elle appelle les autorités compétentes à procéder « à la démission ou à la destitution immédiate » du Directeur général, au nom de « l’intérêt supérieur de la Rts et du Sénégal ». Pour les syndicats, cette mesure est devenue indispensable afin d’éviter une crise institutionnelle plus profonde et de restaurer un climat social apaisé.
Autre point de crispation majeur, la suspension jugée « illégale » de l’accord d’entreprise. Les syndicats exigent sa levée sans délai et réclament que les auteurs de ces décisions rendent des comptes devant les instances compétentes. À leurs yeux, la remise en cause des accords collectifs constitue une atteinte grave au droit du travail et aux libertés syndicales, garanties par la Constitution et les conventions internationales ratifiées par le Sénégal.
La menace d’une mobilisation d’ampleur nationale brandie
Dans un avertissement solennel, l’Intersyndicale prévient que les agents de la Rts, « unis et déterminés », n’accepteront plus aucune forme d’intimidation. Si les autorités tardent à agir, elle se réserve le droit d’engager « toutes les actions légales et pacifiques nécessaires » pour obtenir réparation. Grèves, rassemblements, sit-in, actions en justice et mobilisation nationale figurent parmi les options clairement évoquées. Ces actions, préviennent les syndicats, ne viseront pas seulement à défendre les droits des travailleurs, mais aussi à « restaurer la dignité de la Rts » et à protéger le service public d’information contre ce qu’ils qualifient de dérives managériales graves.
Un appel direct aux autorités et à l’opinion publique
S’adressant aux autorités comme à l’opinion nationale, l’Intersyndicale rappelle que le peuple sénégalais « mérite une Rts respectueuse des principes républicains et du droit du travail ». Elle appelle l’État à prendre ses responsabilités « sans délai », estimant que toute inaction serait interprétée comme une forme de complicité avec l’arbitraire.
Dans un contexte politique et social déjà marqué par de fortes tensions, cette sortie syndicale place la Direction générale de la Rts sous une pression maximale. Pour les travailleurs, la bataille engagée dépasse le cas des cinq syndicalistes : elle touche au respect des libertés syndicales, à la crédibilité du service public et, plus largement, à la conception même de la gouvernance démocratique dans les entreprises publiques. Déterminés à aller jusqu’au bout, les agents de la Rts assurent rester mobilisés « jusqu’à la restauration complète de la justice, de la dignité et du respect des accords collectifs ». Un bras de fer est désormais engagé, avec Pape Alé Niang au centre d’une contestation qui pourrait durablement ébranler la maison RTS.
Fatou DIOP













