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CONSEIL PRÉSIDENTIEL DE L’INVESTISSEMENT RÉNOVÉ : L’État et le secteur privé à l’épreuve d’une gouvernance économique partagée



CONSEIL PRÉSIDENTIEL DE L’INVESTISSEMENT RÉNOVÉ : L’État et le secteur privé à l’épreuve d’une gouvernance économique partagée

 
 
 
Réunis hier pour une rencontre préparatoire au Conseil présidentiel de l’investissement (Cpi) rénové, représentants de l’État et du patronat ont posé les jalons d’un nouveau cadre de concertation. Entre attentes fortes du secteur privé, promesses de réformes structurelles et volonté affichée d’un dialogue permanent, les échanges ont révélé une ambition commune, transformer le Cpi en un véritable outil d’arbitrage, de décision et de suivi au service de la compétitivité et de l’investissement.
 
 
 
Un secteur privé qui revendique sa responsabilité dans la croissance
 
Dès l’entame des échanges, le ton a été donné par le président du Conseil national du patronat du Sénégal (Cnp), Baïdy Agne. Face aux représentants de l’administration et aux chefs d’entreprise massivement mobilisés, il a insisté sur la responsabilité assumée du secteur privé dans la dynamique économique nationale. Selon lui, si le Sénégal aspire à une croissance économique plus inclusive, à la création d’emplois décents pour la jeunesse et au maintien des équilibres macroéconomiques, le secteur privé ne saurait être en marge de cette ambition.
Dans son intervention, le patron des patrons a rappelé que « l’entreprise se considère comme un acteur central de la création de richesses et de l’élargissement de l’assiette fiscale ». Mais cette responsabilité, a-t-il souligné, ne peut être pleinement assumée que dans un environnement des affaires plus lisible, plus sécurisé et plus compétitif. D’où l’importance, à ses yeux, d’une action concertée entre l’État et le secteur privé pour améliorer le climat des affaires, engager les réformes nécessaires et rehausser la qualité des services publics destinés aux entreprises.
 
 
 
Fiscalité, droit du travail et infrastructures au cœur des préoccupations
 
Baïdy Agne a indiqué que les entreprises attendent avec une oreille attentive « la présentation de la vision gouvernementale du Cpi rénové, tant sur son architecture que sur ses objectifs et les impacts escomptés ». Il a toutefois pris soin de préciser que le secteur privé entend également apporter sa contribution, dans un esprit de partenariat constructif avec l’État. Dans cette perspective, il a listé plusieurs préoccupations majeures que « l’entreprise souhaite voir prises en compte. Parmi elles figurent une meilleure visibilité sur les grandes réformes annoncées du Code général des impôts et du Code général des douanes, jugées déterminantes pour la compétitivité des entreprises ». Le patronat espère également dit-il, que les négociations sociales autour du nouveau Code du travail ont intégré les attentes du secteur privé, notamment en matière de flexibilité à l’embauche et de plafonnement des dommages et intérêts liés aux licenciements qualifiés d’abusifs, à l’image de ce qui se pratique dans la sous-région ouest-africaine.
À cela s’ajoutent des attentes fortes concernant la relance des grands chantiers de BTP et d’infrastructures, la généralisation de la dématérialisation des procédures pour plus de transparence et d’efficience, l’amélioration de l’accès au foncier et la sécurisation des investissements, ainsi que la création de tribunaux du commerce dans les pôles territoriaux. Le secteur privé plaide également pour un renforcement des capacités des juridictions commerciales et une amélioration du fonctionnement des tribunaux du travail.
 
 
 
Refuser une Cpi de façade et exiger des décisions opérationnelles
 
Sur la forme, Baïdy Agne a été sans ambiguïté, « le secteur privé ne souhaite pas que le CPI rénové se résume à une simple grande messe institutionnelle ». À ses yeux, « un CPI efficace doit être une véritable instance d’arbitrage et de décision, capable d’améliorer concrètement l’environnement des affaires et de rendre l’investissement privé plus attractif » lance-t-il. Cela suppose, selon lui, « la mise en place de groupes de travail thématiques structurés autour des réformes en cours ayant un impact direct sur les entreprises ». Il s’est félicité, à ce titre, des assurances données par le ministre, secrétaire général du gouvernement, quant à la volonté de l’État d’accompagner réellement le secteur privé pour atteindre les objectifs de création d’emplois et de richesses.
Le président du Cnp a également salué les échanges avec le Directeur général de l’Apix, qui a dressé un état des lieux des réformes menées depuis la mise en œuvre du Cpi, tout en rappelant les objectifs du programme de redressement économique et social. Il a exprimé l’engagement total du secteur privé à participer activement aux groupes de travail annoncés d’ici fin mars, soulignant la forte mobilisation observée lors de cette rencontre préparatoire.
 
 
 
L’Apix plaide pour un Cpi plus dynamique et plus inclusif
 
Prenant la parole à son tour, le Directeur général de l’Apix, Bacary Séga Bathily, a souligné que la participation massive des acteurs économiques confirmait une conviction désormais partagée « la compétitivité du Sénégal se construit dans une concertation permanente entre l’État et le secteur privé ». Il a rappelé que le Conseil présidentiel de l’investissement, depuis sa création, a constitué un instrument majeur de gouvernance économique, en permettant l’identification et la résolution rapide de contraintes structurelles qui freinaient l’investissement. Pour autant, a-t-il précisé, l’évaluation engagée aujourd’hui ne vise nullement à remettre en cause le Cpi, mais à capitaliser sur ses acquis.
A en croire le Directeur général de l’Apix, « le contexte économique a profondément évolué, notamment avec l’entrée du Sénégal dans l’ère pétrolière et gazière, l’intensification de la concurrence internationale pour l’attraction des investissements et la nécessité de promouvoir davantage l’investissement domestique ». Dans ce nouveau contexte, le format actuel du Cpi montre ses limites, tant par le rythme insuffisant de concertation que par la lenteur parfois observée dans la mise en œuvre des décisions.
 
 
 
Vers une gouvernance économique permanente et collaborative
 
Bacary Séga Bathily a ainsi plaidé « pour une transformation du Cpi en un organe à la fois stratégique et opérationnel, plus proche des préoccupations quotidiennes des investisseurs ». Il a esquissé les principes devant guider ce nouveau format, notamment un dialogue continu, structuré et sectoriel, couplé à une logique de résultats mesurables en termes d’investissements réalisés, d’emplois créés, de délais réduits et de coûts abaissés.
Il a insisté sur la nécessité de faire du secteur privé un véritable co-constructeur des réformes, à travers une représentation élargie incluant grandes entreprises, Pme, startups et investisseurs, ainsi qu’une participation active aux groupes techniques et au suivi des décisions. Selon lui, la réussite du Cpi rénové dépendra avant tout de l’engagement du secteur privé, appelé à formuler des propositions concrètes, à prioriser les contraintes majeures et à s’inscrire dans une culture de partenariat plutôt que de simple revendication.
 
 
 
Un climat des affaires érigé en bien commun
 
Le Directeur général de l’Apix a rappelé que l’ambition affichée « est de faire du Sénégal l’un des environnements d’investissement les plus compétitifs d’Afrique ». Il a invité « l’ensemble des acteurs à s’exprimer librement et à construire collectivement un dispositif plus mature, capable de faire du climat des affaires un véritable bien commun » lance-t-il.
 
Baye Modou SARR
 
 
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