Soupçons de corruption, pressions présumées sur des inspecteurs et silence du ministère de la Santé, le dossier Softcare dépasse le cadre d’un simple incident sanitaire pour s’imposer comme une affaire d’État. Tandis qu’une mission d’information parlementaire est annoncée, la contestation citoyenne monte d’un cran.
Ce qui avait commencé comme une alerte sur la qualité de produits hygiéniques de la marque Softcare prend désormais l’allure d’un scandale majeur impliquant l’Agence de régulation pharmaceutique (Arp). Ce jeudi, des collectifs de la société civile, dont le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp), ont déposé une pétition et des lettres de protestation au ministère de la Santé, dénonçant de graves dysfonctionnements au sein de l’organe chargé de garantir la sécurité des médicaments au Sénégal.
Au cœur de la polémique, une chronologie jugée troublante. Le 17 décembre dernier, la direction de l’Arp annonçait que les produits Softcare étaient « propres à la consommation ». Or, selon les manifestants, à cette date, les inspecteurs pharmaciens, seules habilités à statuer sur la conformité technique des produits, n’avaient pas encore finalisé leurs conclusions. « Comment peut-on anticiper un résultat scientifique ? », s’interrogent les activistes. D’après des informations rendues publiques lors de la mobilisation, ces inspecteurs auraient subi des pressions directes, voire des tentatives de corruption, afin d’aligner leurs rapports sur la position officielle déjà communiquée par l’agence.
L’affaire prend une tournure encore plus sensible avec les révélations du député Guy Marius Sagna. Le parlementaire affirme avoir alerté le ministre de la Santé dès mars 2025 sur le profil du Directeur général de l’Arp. Selon lui, « ce responsable aurait été épinglé par ses pairs pour trafic de médicaments par le passé ». Une question écrite adressée au gouvernement sur ce sujet serait restée sans réponse depuis près d’un an, une situation que le député juge particulièrement préoccupante. Ce silence prolongé est aujourd’hui interprété par les manifestants comme une forme de complaisance, voire de complicité, face à un dossier touchant directement à la santé publique. « Nous avons peur pour nos sœurs, nos mères et nos enfants », a lancé le coordonnateur du Frapp, résumant l’inquiétude grandissante au sein de l’opinion.
La mobilisation ne se limite plus à une protestation symbolique. Une pétition rassemblant déjà plus de 2000 signatures a été officiellement déposée. Fait notable, les collectifs ont exprimé leur solidarité avec les travailleurs de l’Arp, actuellement en grève. Ces derniers refusent, selon leurs représentants, d’assumer la responsabilité d’une communication qu’ils estiment « infondée ».
Le climat social au sein de l’agence se détériore davantage, les agents grévistes affirmant être menacés de ponctions salariales, ce qui accentue les tensions internes et alimente les accusations de gestion autoritaire.
Désormais, la pression se concentre sur le ministre de la Santé, sommé de s’expliquer. Alors qu’il promettait d’agir « sans délai » dans ses premières prises de parole, trois semaines se sont écoulées sans clarification majeure. « Trois semaines, ce n’est pas sans délai », a insisté Guy Marius Sagna, annonçant une intensification des actions citoyennes si la lumière n’est pas faite rapidement sur l’affaire Softcare.
Baye Modou SARR













