Dans l’impossibilité de convier la presse à une conférence de presse, le Collectif des amicales de l’Ucad a tenu à rendre publique son intervention relative à la situation actuelle de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar avec des extraits de prises de vidéos. Ils exigent sans délai et sans condition la libération des membres du Collectif des amicales de l'Ucad et des 105 détenus.
Deux jours après la mort de Abdoulaye Ba, les étudiants sont plus que jamais sur pied pour faire face aux autorités. Juste après la sortie du gouvernement, les membres du collectif ont voulu convier la presse à une conférence de presse, mais cela leur a été impossible vu qu'ils sont "traqués par les policiers". Finalement, c'est à travers des vidéos qu'ils ont postées sur les réseaux sociaux ou encore des informations sur l'état des blessés que le collectif est parvenu à donner sa version des faits. Pierre Babacar Thiao, président de la commission sociale (Pcs) de l’Amicale des étudiants de la Faculté des sciences et techniques (Ae-Fst), membre du Collectif des amicales de l'Ucad, explique : "regardez bien les vidéos. Les policiers sont rentrés jusqu’au niveau de la Direction du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud). De cet endroit les étudiants ne pouvaient plus avoir accès à cet étage du pavillon A pour balancer des cocktails molotov. Ils ont mis aux arrêts quatre de nos membres et actuellement nous sommes hors de Dakar. Nous exigeons leur libération sinon nous ne reviendrons pas à la table de la négociation".
Jean Baptiste Diatta, président de l’Amicale des étudiants de la Faculté des sciences et techniques, membre du Collectif des amicales de l'Ucad, embraye : "on avait juste décrété une journée noire. On ne sait pas ce qui a motivé l'entrée des forces de l'ordre dans le campus. Même dans les vidéos, nous voyons que les étudiants leur font savoir qu'ils ont faim et qu'ils ne vont pas se battre", dit-il. Ce dernier d'ajouter : "les étudiants n'ont rien fait. Les policiers ont fait irruption dans l'université et ont torturé les étudiants. Actuellement la police est en train de traquer les membres du Collectif des amicales de l'Ucad".
Arrestation de quatre têtes pensantes du collectif
Pour le moment, il y a une course-poursuite entre forces de l'ordre et membres du Collectif des amicales de l'Ucad. Zale, président de la commission sociale de l’Amicale des étudiants de la Faculté de Médecine (Ae-Fmpo), fait savoir que quatre de leurs membres sont mis aux arrêts. "Déjà, les policiers ont arrêté 105 étudiants et la traque se poursuit puisqu'ils ont arrêté Cheikh Atab Sagna, le président de l'Amicale des étudiants de la Faculté de médecine, Wally Faye, président de l'Amicale des étudiants de la Faculté des sciences juridiques et politiques (Fsjp), Demba Ka, président de l’Amicale de la Faculté des lettres et Bathie Fall, président de la commission sociale des étudiants de la Fjsp. Que les autorités sachent que nous ne reviendrons pas à la table de négociation", dit-il.
A Mé Bamba Cissé : "comme vous avez filmé les évènements, sortez les vidéos de la mort de Abdoulaye Ba"
Plus grave, un des membres demande à l'Etat du Sénégal de sortir les vidéos des agents qui ont tué le jeune Abdoulaye Ba. "Du moment qu'ils ont publié des vidéos où ils disent que ce sont des étudiants qui fabriquent des cocktails molotov, alors, que l'Etat publie les vidéos des agents qui ont tué le jeune Abdoulaye Ba. Montrez-nous les vidéos ou les policiers maltraitent les étudiants et faites des sanctions", fait savoir Abdou Aziz Guissé, président de la commission sociale de la Faseg.
Son camarade de prendre la balle au rebond, "nous exigeons la libération immédiate des 105 étudiants sans condition. Nous ne sommes pas des criminels ou des malfaiteurs, mais des étudiants. Depuis lundi, les 105 étudiants qui sont détenus dans les commissariats vivent dans des conditions précaires", peste Séga Sy Ardo Dia, président de la commission sociale de la Faculté des lettres et sciences humaines.
Deux étudiants ont perdu chacun un œil
Pour le moment, le collectif informe que Cheikh Ndoye, président de la Commission sociale et inscrit à la Faculté de droit a perdu l’usage d’un œil. ‘’Il a été atteint à l'œil par une bombe lacrymogène au pavillon B à la chambre 57 et un autre étudiant a également perdu l’usage d’un œil’’, disent-ils. Des exemples d'étudiants qui ont souffert et qui sont dans les liens de la détention sont nombreux, d'après le collectif. ‘’En guise d'exemple, Ngagne Mbaye, qui n’était pas impliqué dans le front et qui était souffrant depuis plusieurs jours, a vu sa chambre défoncée. Il a été violemment pris à partie, contraint de sauter par la fenêtre, puis arrêté. Dans sa chute, il s’est gravement blessé et s’est fracturé les deux jambes. Son état a nécessité une prise en charge médicale en urgence. Il faut souligner qu’à ce jour, il est toujours entre les mains des forces de défense et de sécurité (Fds). Ngagne Mbaye souffre de fractures aux deux pieds. Il est souvent déplacé pour des soins et devra retourner au commissariat après sa prise en charge médicale’’, déplorent les étudiants.
Samba THIAM













