Lassana Kanté, coordonnateur communal de Taxawu Sénégal dans la région de Tambacounda, va sous peu reprendre ses activités. Le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Tambacounda, l'a relaxé du chef d’accusation d’offense à une personne exerçant tout ou partie des prérogatives du président de la République et du délit de diffusion de fausses nouvelles. Mais l'a reconnu coupable du délit de discours contraires aux bonnes mœurs.
Verdict d’apaisement. Le délibéré est tombé dans l’affaire du patron de Taxawu Sénégal dans la région de Tambacounda. En effet, le Tribunal de Grande Instance de Tambacounda l'a relaxé du chef d’accusation d’offense à une personne exerçant tout ou partie des prérogatives du président de la République en la personne du Premier ministre Ousmane Sonko. Le Tribunal l'a également relaxé du délit de diffusion de fausses nouvelles. Par contre, Lassana Kanté a été reconnu coupable de discours contraires aux bonnes mœurs. Le tribunal l'a condamné à une peine d'un mois de prison ferme et à payer une amende de 100.000 F Cfa au Trésor public. Un verdict d'apaisement, selon certains. Le 28 janvier dernier, lors de l’audience, le procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Tambacounda avait requis une peine d'un an de prison contre Lassana Kanté, dont six mois ferme. Mais le Tribunal a décidé tout autre chose. Lassana Kanté va pouvoir rejoindre les siens sous peu.
Khalifa Sall dénonce «l’arbitraire» et alerte sur un recul démocratique
Dans une publication sans concession, Khalifa Sall s’est insurgé contre ce qu’il qualifie de «justice à géométrie variable», dénonçant une condamnation « frappante par sa célérité autant que par son odeur de deux poids, deux mesures». «Quand la justice court ici et s’attarde ailleurs, ce n’est plus l’État de droit qui avance, c’est l’arbitraire qui s’installe», a-t-il martelé, estimant que la rapidité de la procédure contraste dangereusement avec la lenteur observée dans d’autres dossiers pourtant jugés plus sensibles.
Pour le leader de Taxawu Senegaal, cette décision judiciaire ne saurait être analysée comme un simple fait divers judiciaire. Elle porterait, selon lui, une charge politique évidente. « Cette condamnation à un mois de prison ferme n’est pas neutre. Elle trahit une volonté claire de faire taire un adversaire politique qui dérange», a affirmé Khalifa Sall, avant de préciser les raisons de ce dérangement supposé. «Lassana Kanté dérange par la parole libre, par la constance du combat, par le refus de plier. Et c’est précisément pour cela qu’on l’emprisonne», a-t-il ajouté, dénonçant «une criminalisation de l’engagement politique local ».
Au-delà du cas individuel de Lassana Kanté, Khalifa Sall dit percevoir dans cette affaire un symptôme plus profond : «je m’indigne de cet affaissement des libertés individuelles et politiques, de cette banalisation de la sanction comme réponse à l’expression, de cette condamnation devenue réflexe contre la liberté d’opinion», a-t-il déclaré, dans un réquisitoire sévère contre ce qu’il considère comme une dérive autoritaire.
Pour l’ancien maire de la ville de Dakar, la sanction judiciaire infligée à son responsable politique de la capitale du Sénégal oriental pour ses prises de parole constitue une remise en cause directe des fondements démocratiques. «Une démocratie qui punit la parole se dément elle-même», a-t-il insisté.
Sans attaquer frontalement l’institution judiciaire, Khalifa Sall laisse entendre que certaines décisions pourraient être influencées par des considérations étrangères au droit. «Quand la justice devient un instrument pour régler des comptes politiques, ce n’est plus la loi qui parle, mais la peur de la contradiction», a-t-il estimé, appelant à une justice «égale pour tous, indépendante et imperméable aux pressions».
Dans sa déclaration, Khalifa Sall a tenu à adresser un message de solidarité sans ambiguïté à son compagnon de parti. « J’apporte mon soutien total et sans réserve à Lassana Kanté », a-t-il affirmé, avant de retourner l’accusation contre les auteurs de la décision judiciaire. «Sa condamnation ne l’atteint pas. Elle révèle ceux qui la prononcent», a-t-il lancé, dans une formule lourde de sens. Selon lui, l’emprisonnement ne saurait venir à bout de l’engagement politique et moral de son camarade. «On ne bâillonnera pas une conscience en la jugeant», a conclu Khalifa Sall.
Baye Modou SARR













