Les sanctions américaines visant Abdoulaye Sèye ouvrent un désaccord entre Dakar et Washington sans, pour l’instant, se transformer en crise bilatérale. Interrogé sur les conséquences de ces mesures pour le candidat sénégalais à la Cour pénale internationale, notamment sur sa possibilité de se rendre aux États-Unis, le Département d’État rappelle que les restrictions d’entrée s’étendent également à sa famille proche, tout en précisant qu’il existe des « exceptions limitées ». Dakar, de son côté, soutient fermement son ressortissant, mais évite également une confrontation directe avec Washington.
Le dossier de l’Avocat principal à la Cpi Abdoulaye Sèye ne devrait pas être source d’un conflit bilatéral entre les USA et le Sénégal. Un constat qui découle de l’attitude de la diplomatie des deux pays partenaires, malgré leurs divergences concernant les travaux de la Cpi. Dakar comme Washington a montré des marges de prudence ces dernières jours, concernant les sanctions infligées à Sèye.
Washington et Dakar jouent la carte de la prudence concernant la candidature de Sèye comme juge à la Cpi
Washington maintient les sanctions imposées à Abdoulaye Sèye, mais laisse ouverte une possibilité juridique concernant une éventuelle entrée du Sénégalais aux États-Unis. Dans une réponse transmise à notre rédaction et attribuable à un porte-parole du Département d’État, la diplomatie américaine précise que les personnes visées par la mesure présidentielle américaine n°14203 ainsi que les membres de leurs familles proches sont généralement interdits d’entrée aux États-Unis, sous réserve d’exceptions limitées. Cette précision est importante alors qu’Abdoulaye Sèye est le candidat officiellement présenté par le Sénégal à l’élection au poste de juge de la Cour pénale internationale. Une étape importante de ce processus électoral doit se tenir à New York en décembre. Le Département d’État ne dit cependant ni qu’une exception sera accordée à Sèye, ni qu’une telle possibilité est actuellement envisagée pour son cas. Washington rappelle simplement le régime général applicable aux personnes sanctionnées. Le décret présidentiel américain n°14203 qui réglemente ces sanctions prévoit en effet des restrictions d’entrée aux États-Unis pour les personnes sanctionnées ainsi que pour leurs familles immédiates, notamment le conjoint et les enfants. Elle permet toutefois aux autorités américaines d’accorder certaines exceptions lorsqu’elles considèrent qu’une entrée sur le territoire ne serait pas contraire aux intérêts des États-Unis.
Dakar soutient Sèye sans ouvrir de confrontation
Le Sénégal a réagi le 20 août en exprimant sa « profonde préoccupation » face aux sanctions américaines et sa « pleine solidarité » à Abdoulaye Sèye. Le gouvernement rappelle que celui-ci est le candidat présenté par le Sénégal au poste de juge à la Cpi et considère que toute mesure susceptible d’entraver l’indépendance ou l’exercice des fonctions des magistrats et personnels de la Cour peut fragiliser la justice pénale internationale. Mais le communiqué du Sénégal reste soigneusement mesuré à l’égard des États-Unis. Dakar ne qualifie pas les sanctions d’illégales, ne condamne pas directement Washington et ne demande pas explicitement leur retrait. Le Sénégal annonce plutôt qu’il poursuivra ses « concertations avec ses partenaires africains et internationaux » et termine sa déclaration par un appel au « dialogue, au respect mutuel et à la coopération internationale ». Cette formulation est moins offensive que celle employée par Dakar en août 2025, après les sanctions américaines visant notamment le procureur adjoint sénégalais de la Cpi, Mame Mandiaye Niang. À l’époque, le gouvernement avait directement invité les autorités américaines à « retirer ces sanctions », les qualifiant de « grave atteinte au principe de l’indépendance de la justice ».
Un désaccord maintenu concernant la Cpi
Sur le fond, les positions restent pourtant opposées. Washington considère que les procédures engagées par la Cpi contre des ressortissants américains et israéliens portent atteinte à sa souveraineté. Les mesures adoptées par les États-Unis prévoient donc des sanctions financières et des restrictions d’entrée contre certains responsables de la Cour. Le Sénégal, premier État à avoir ratifié le Statut de Rome créant la Cpi, réaffirme de son côté son soutien à l’indépendance de la Cour et maintient publiquement son soutien à Abdoulaye Sèye. Mais dans leurs communications respectives, ni Washington ni Dakar ne présentent pour l’instant cette affaire comme une crise entre le Sénégal et les États-Unis. Washington rappelle ses règles générales tout en mentionnant l’existence d’exceptions. Dakar défend son candidat mais replace le différend dans le cadre plus large de la défense de la justice internationale et de la concertation avec d’autres partenaires, plutôt que dans celui d’un affrontement direct avec les États-Unis. La question pourrait devenir particulièrement sensible à l’approche de décembre. Une éventuelle présence d’Abdoulaye Sèye à New York permettra notamment de voir comment les autorités américaines appliqueront, dans son cas, la possibilité d’exception qu’elles ont elles-mêmes rappelée.
Ahmadou KANE
Correspondant permanent à New York












