Dans une lettre ouverte au ton frontal, l’ancien ministre d’État Babacar Gaye s’en prend violemment à Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, après l’interpellation de ce dernier sur une hypothétique candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies. Au-delà de la polémique, le texte met en lumière une fracture profonde entre deux visions antagonistes des droits humains, de la souveraineté nationale et du rôle des organisations internationales dans le débat politique sénégalais.
L’ancien ministre d’État Babacar Gaye est sorti de sa réserve pour répondre à Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, qu’il accuse d’avoir franchi une ligne en interpellant le président de la République sur une hypothétique candidature de Macky Sall au secrétariat général des Nations-Unies. Dans une lettre ouverte publiée sur ses réseaux, le leader de Mankoo Mucc dénonce une démarche qu’il juge moralisatrice, sélective et politiquement orientée.
Babacar Gaye conteste d’abord le ton et les fondements de l’argumentaire de Seydi Gassama.
« J’ai pris connaissance de votre récente publication interpellant le président de la République au sujet d’une éventuelle candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies. Comme beaucoup de Sénégalais, j’ai été frappé par le ton comminatoire et l’usage d’arguments moraux fallacieux présentés comme des vérités d'Evangile, alors qu’ils reposent sur une lecture sélective et malhonnêtement orientée de notre histoire récente », a d’abord noté Babacar Gaye.
S’il reconnaît la douleur des familles endeuillées lors des violences politiques récentes et la légitimité de l’exigence de justice, il refuse que ces drames soient, selon lui, transformés en instruments de pression politique. Pour l’ancien ministre, »la mémoire des victimes mérite respect et vérité », non « une utilisation militante destinée à conditionner la diplomatie de l’État ».
Au cœur de sa critique figure ce qu’il décrit comme une indignation à géométrie variable. Babacar Gaye reproche à Seydi Gassama son silence présumé sur d’autres violences majeures ayant marqué le Sénégal, notamment celles liées à la rébellion du Mfdc en Casamance, les pertes subies par l’armée et les souffrances prolongées des populations civiles.
« Beaucoup de Sénégalais n’ont pas souvenir de vous avoir entendu dénoncer avec la même vigueur les exactions commises dans le Sud du pays par la rébellion du Mfdc, ni la mort de nos vaillants soldats, ni les drames humains et les souffrances silencieuses qu’elle a engendrés durant des décennies. Cette retenue contraste fortement avec la sévérité dont vous faites preuve lorsqu’il s’agit de mettre en cause Macky Sall ou l’ancien régime et dirigeants. Pourquoi ? Soutenez-vous les indépendantistes ? », questionne-t-il.
Il étend ce reproche aux violences urbaines survenues lors des affaires Sweet Beauty et Mame Mbaye Niang, évoquant les appels à l’insurrection, les destructions de biens et les attaques contre les forces de sécurité, sans, selon lui, condamnation claire et constante de la part d’Amnesty Sénégal.
« De la même manière, vous n’avez jamais condamné avec clarté les appels à l’insurrection, au coups d'État - traîner le président de la République dans la rue comme ce fut le cas de Samuel Doe - les crimes occasionnés, les violences urbaines, les destructions de biens publics et privés ou les attaques contre les forces de défense et de sécurité qui ont jalonné les épisodes des affaires Sweet Beauty et Mame Mbaye Niang. Là encore, des vies ont été perdues, des familles ont été brisées, et la République a été mise à rude épreuve. La compassion et l’exigence de vérité ne peuvent être à géométrie variable mon cher moralisateur », lance-t-il encore.
L’ancien président du Conseil départemental de Kaffrine met également en cause l’orientation idéologique de Seydi Gassama, qu’il perçoit comme un relais de causes sociétales portées par des organisations internationales et largement rejetées par l’opinion nationale. Sans contester le principe universel des droits humains, Babacar Gaye insiste sur la nécessité de les promouvoir dans le respect des valeurs culturelles, religieuses et sociales du Sénégal, et rejette toute évolution imposée de l’extérieur ou en décalage avec le rythme de la société.
Sur le plan institutionnel, Babacar Gaye juge l’interpellation de Seydi Gassama infondée. Rappelant que le secrétaire général des Nations-Unies n’est pas élu à titre personnel mais porté par des États, dans un processus dominé par les équilibres géopolitiques et le droit de veto des grandes puissances, il estime que présenter cette question comme un test moral relève d’une simplification abusive d’un enjeu relevant avant tout de l’intérêt supérieur de la Nation.
Se revendiquant patriote et républicain, l’ancien ministre appelle à une défense des droits humains cohérente et équilibrée, courageuse face à toutes les formes de violence, d’où qu’elles viennent. À défaut, prévient-il, cet engagement risque de perdre sa crédibilité et de nourrir davantage les fractures. Pour Babacar Gaye, le Sénégal a besoin de voix qui rassemblent et apaisent le débat public, plutôt que de discours qu’il juge clivants et sélectifs.
Sidy Djimby NDAO












