Historiquement parent pauvre du jeu, le gardien de but est devenu une pièce centrale dans une équipe en phase offensive. Une mutation encouragée par les évolutions règlementaires et concrétisée par les convictions d'entraîneurs et de joueurs déterminés à repousser l’horizon des possibles pour le poste. Au point même de brouiller de plus en plus les frontières avec les joueurs de champ pour les titres et distinctions. Les gardiens de but, au Sénégal, c‘est maintenant une formation à part.
Au Sénégal, les écoles de football poussent à grande vitesse, mais seules quelques spécialisées dans la formation des gardiens de but sont en train de se développer. Nous sommes partis à la rencontre de Mamadou Lamine Thiaré, Khalifa Ababacar Fall «Kana» et Alioune Badara Diop «Campos» qui partagent tous la même passion, former des gardiens de but. Ils ont tous les trois des centres de formation de gardiens de but. Ces entraîneurs excellent dans ce domaine depuis des années avant de voir les retombées par la révolution de ce poste, avec des joueurs qui peuvent maintenant rejoindre les plus grands clubs du monde. S’ils sont encore à quelques exportations de jeunes gardiens et gardiennes de but, il leurs reste encore du chemin. Leurs motivations sont différentes, mais restent inspirantes.
Mamadou Lamine Thiaré, école de formation Nkono : La polyvalence
Communément appelé Coach Thiaré, Mamadou Lamine tient son école de formation de gardiens de but dans l’antre du centre Diambars à Saly. Le technicien nous parle de sa motivation de créer ce centre qu’il a dénommé Nkono. «L’idée de créer un centre de formation m’est venue lors d’un stage de gardien de but que j’avais fait à Thiès avec un expert belge M. Bop, emmené par la Fsf. Ca m’a permis aussi d’aller faire un stage à l’Espagnol de Barcelone sur invitation de Thomas Nkono, dont mon école de formation porte le nom. J’avais décidé de créer un centre de formation de gardiens de but, car au moment où nous recevions nos diplômes, on nous avait dit de ne pas laisser les diplômes au placard et d’aller former des entraîneurs et des gardiens de but. J’étais donc outillé pour aider les gardiens de mon pays et aussi les gardiens africains, car j’étais a Aspire en charge des gardiens qui étaient issues d’autres pays. Le constat était qu’il y avait un énorme problème au niveau de la formation des gardiens», renseigne-t-il. «Actuellement, je ne peux pas les énumérer. Mais je sais que j’ai formé pas mal de pros et des internationaux, parmi lesquels le gardien du Nigeria Uzuho, du Ghana Abdoul Manaf, Mouhamed Mbaye du Porto FC, Mor Mbaye qui évolue en Norvège, Niass qui joue au Portugal et actuel gardien de l’équipe nationale A de la Mauritanie. J’ai aussi formé 5 gardiens qui sont au Qatar», déclare-t-il. En plus des jeunes garçons, la spécialité du coach Thiaré, c’est la formation des jeunes filles à ce poste de gardien de but. «J'ai déjà 21 gardiennes que j’ai formées qui évoluent actuellement en D1 et D2 féminine ici au Sénégal. 13 autres, qui sont en formation actuellement, sont âgées entre 14, 15 et 17 ans. J’ai aussi formé toutes les gardiennes de toutes les équipes nationales féminines du Sénégal», confie le technicien. «Je crois que l’avenir est prometteur et sûr au Sénégal. La relève est assurée, car il y a beaucoup de centres qui travaillent maintenant pour le développement du poste. Édouard Mendy aussi nous a montré le chemin et il est aussi devenu une source de motivation pour tout gardien africain et particulièrement sénégalais. La polyvalence aussi promet un avenir meilleur pour les gardiens et gardiennes de but», assure-t-il.
Khalifa Ababacar Fall dit «Kana» : Le rêve brisé à rattraper
Ancien gardien de but du Jaraaf, Khalifa Ababacar Fall «Kana», forme des gardiens de but pour un avenir radieux qui lui a échappé à cause d’un bras cassé alors que les portes de l’international s’ouvrait à lui. «L'inspiration de créer un centre de formation de gardiens de but m'est venue en 2002 quand j'ai eu une fracture alors que je devais aller à la Coupe d'Afrique. C'est quand mes autres compatriotes gardiens de but Mamadou Ba et Diaby Doucouré venaient me voir que j'ai eu l'idée de mettre en place une école de formation des gardiens de but à Keur Massar», raconte-t-il. Et de poursuivre : «personne ne croyait à mon projet. Aujourd'hui j'exporte des gardiens de but aussi bien dans notre championnat local, en Afrique mais aussi en Europe, surtout dans la Ligue 1 française». Selon Kana, actuel formateur des gardiens de but de Teungueth FC, «au Sénégal, on a toujours eu un déficit de gardiens de but jusqu'à récemment. C'est avec les Tony Sylva, Omar Diallo, Kalidou Cissokho que les choses ont commencé à changer. Aujourd'hui, on en a de très haut niveau avec les Édouard Mendy, Gomis, Seyni Dieng et Alioune Badara Faty, un gardien local qui a le niveau international avec sa participation à la Coupe d'Afrique». Il ajoute : «avant, personne ne voulait être gardien de but, mais les données ont changé maintenant. C'est un poste qui est en train d'être valorisé, mais reste le plus ingrat. Un gardien de but représente 50% d'une équipe. Dans le haut niveau, quand un gardien de but remporte le titre d’Homme du match, c'est seulement parce que son équipe a gagné. Un gardien de but doit être concentré pendant 90 minutes. Il doit avoir une vivacité, un bon réflexe, une bonne prise de balle et un jugement de ballon. C'est le poste le plus complexe dans une équipe».
Alioune Badara Diop «Campos» : Le perfectionniste
Pour lui aussi, derrière la création de son centre de formation, il y a une histoire. Alioune Badara Diop a eu la chance d’évoluer comme gardien de but professionnel dans les pays arabes. C’est après sa carrière qu’il est venu transmettre le savoir acquis aux jeunes Sénégalais. Il a ses bases à l'École japonaise de Dakar. «Je voulais aider nos jeunes frères gardiens de but qui n'avaient pas de base. Tout le monde sait que la formation des gardiens de but, c'est la base, la technique et la maîtrise des blocs. Je suis parti à bas âge dans les pays maghrébins et j'ai eu la chance d'avoir été formé et rectifié en tant que gardien de but. A mon retour au Sénégal, il fallait redistribuer ce savoir acquis», dit-t-il, avant d'ajouter : «ailleurs, très jeune, on maîtrise les bases fondamentales, c'est-à-dire les prises faciles, ventrales, plongeon à mi-hauteur ou aérien ou encore la prise au sol. On voit dans notre pays de jeunes gardiens talentueux, mais qui ne font pas une grande carrière par manque de formation. Le talent seul ne suffit pas pour réussir». Entre ses mains perfectionnistes sont passés plus d’une centaine de jeunes. «J'ai formé pas mal de gardiens : un évolue maintenant dans le champion sénégalais en l'occurrence le gardien de l'AS Pikine qui est l'un des meilleurs gardiens au Sénégal. Le gardien du stade de Mbour aussi a été formé dans mon centre. J'ai formé un jeune qui est aujourd’hui au Koweït. Actuellement, nous avons 93 gardiens dans toutes les catégories dans l'académie. Je tiens compte aussi de la scolarité de ces jeunes», renseigne le technicien. A son avis, «s'il n'y a pas de gardien de but, on ne peut pas parler de football. Au Sénégal, on a la chance d'avoir le meilleur gardien du monde qui est Édouard Mendy. Tous les clubs du monde vont certainement venir vers l'Afrique pour chercher d'autres Édouard Mendy et Onana. Il y aura une ouverture pour les jeunes gardiens africains, mais aussi au Sénégal».













