Le dialogue tripartite entre le gouvernement, les syndicats et le patronat ouvert hier va se poursuivre sur deux mois et sera sanctionné, sauf anicroche, par la signature d’un pacte de stabilité sociale, le 1er mai, en présence du chef de l’Etat. En attendant, le Premier ministre a appelé les syndicalistes à mettre de côté les grèves et autres revendications en vue de poursuivre les discussions et le travail main dans la main.
La grande rencontre tripartite syndicats-gouvernement-patronat tant attendue depuis l’élection du Président Bassirou Diomaye Faye a finalement eu lieu hier au Grand Théâtre et a été présidée par le Premier ministre Ousmane Sonko. A l’en croire, même si une rencontre de cette envergure a tardé à se matérialiser, le dialogue n’a jamais été rompu sur le plan sectoriel entre les ministres et les représentants des syndicats. Selon le chef du gouvernement, il fallait, en amont, avoir une situation de référence, peser les atouts et les faiblesses, avant d’initier un dialogue avec tous les acteurs. Ce qui ne signifie nullement, dit-il, un manque de considération aux organisations syndicales.
Quand on gère des deniers publics, on doit rendre compte
« Cette situation de référence concerne les 18 millions de Sénégalais et non les gouvernants. Nous devons tous reconnaître que c’est une situation d’une extrême gravité puisque la dette a atteint presque 100% et le déficit culmine à 11%. Et les responsables, c’est à 90% les tenants de l’ancien régime qui ont dissimulé la vérité des chiffres au peuple et aux partenaires techniques et financiers. Nous ferons le nécessaire car, quand on gère des deniers publics, on doit rendre compte. C’est le sens de la responsabilité. C’est ce qui permettra à ceux qui sont à la tête du pays de gérer les ressources en toute transparence. Demain, je serai audité, d’autres le seront aussi et c’est comme ça que doit fonctionner un État », explique Ousmane Sonko.
Il nous faut un sursaut et sortir de la logique des urgences
Poursuivant, le Pm est d’avis que rien de solide ne peut se construire dans la précipitation. « Il nous faut un sursaut en mettant en avant les intérêts du pays et se départir de la logique des urgences. On ne peut construire quelque chose de durable et de viable sous la pression et les urgences. Un pays se construit par la planification à moyen et long terme. Aucun pays ne s’est construit ou ne s’est développé en trois jours. Le Sénégal ne fera pas exception. On ne doit pas s’attendre à ce que tout trouve immédiatement solution », annonce Ousmane Sonko qui rappelle que des gens se sont battus, certains sont morts, d’autres ont perdu leur travail pour qu’ils accèdent au pouvoir et redresser le pays. « C’est pourquoi, on doit faire preuve de dépassement », dit-il.
Les discussions vont se poursuivre sur deux mois en vue de la signature d’un pacte de stabilité sociale
Cependant, à l’endroit de ceux qui n’ont pas pris la parole, le Premier ministre précise que ce dialogue n’est que le point de départ d’un processus de discussions entre le gouvernement et les organisations syndicales. Dans les deux prochains mois, les discussions vont se poursuivre en vue d’harmoniser les positions en vue de la signature d’un pacte de stabilité sociale le 1er mai. Lequel pacte va engager le chef de l’Etat. En attendant, le Premier ministre révèle que toutes les doléances seront traitées par ordre de priorité. « Même si on avait hérité d’un pays stable, on ne pourrait pas satisfaire toutes les doléances soulevées ; à plus forte raison d’avoir hérité d’un Etat dans une telle situation. Ce que nous pouvons assurer, c’est qu’on va vous tenir un langage de vérité. L’Etat sous notre gouvernement ne vous cachera rien du tout. Tout sera mis sur la table », jure l’ancien syndicaliste.
Une situation causée par la déstructuration du système de la fonction publique
« Si on pouvait le faire, on allait améliorer les conditions de subsistance de tous les Sénégalais. Et nous y travaillons jour après jour, semaine après semaine. Mais on ne peut tout faire ici et maintenant. Rien ne justifie que certaines revendications ne puissent pas trouver de solutions le plus rapidement possible. Par contre, d’autres revendications trouveront solution dans le moyen terme. Toute cette situation a été occasionnée par la déstructuration du système de la fonction publique qui était une cohérence d’ensemble et cela permettait de savoir sur quelle base, il y a des différences entre travailleurs. Aujourd’hui, un travailleur de hiérarchie C peut payer 4 à 5 fois un travailleur de hiérarchie A. Un agent des impôts n’est pas plus méritant que l’enseignant », s’indigne le chef du gouvernement qui accuse la démagogie des anciens tenants du pouvoir.
Des sacrifices pour éviter la banqueroute de l’Etat
En effet, dit-il, un État ne doit pas vivre au-delà de ses moyens. « Quand on parle d’Etat on a parfois l’impression que c’est un robinet qui déverse de l’argent, mais l’Etat vit de ses moyens », indique le Pm qui invite les syndicalistes à recadrer le gouvernement s’ils se rendent compte que l’Etat se trompe de priorité. A l’en croire, ils ne sont pas là pour des calculs politiciens de second mandat. Même s’ils doivent faire un mandat, ils vont se donner, dit-il, les moyens de redresser le pays et de le mettre sur les rails du développement. Dans cette logique, il rappelle que les sacrifices ont commencé avec la réduction du train de vie de l’Etat. A la Primature, il a refusé d’acquérir 30 véhicules, mais il a refusé optant pour la réparation des véhicules en panne. A l’image du gouvernement, il appelle tout le monde à consentir des efforts. Sinon, indique-t-il, on va vers la banqueroute.
La fonction publique n’est pas une crèche pour caser de la clientèle politique
La question des licenciements est revenue plusieurs fois dans les déclarations des syndicalistes. Pour le Premier ministre, c’est de bon droit, car « certains, dans la fonction publique, perçoivent des salaires et n’ont jamais été dans un bureau pour travailler. D’autres sont recrutés alors que leurs profils ne correspondent au besoin d’emploi spécifié. La fonction publique n’est pas une crèche pour caser de la clientèle politique. Certaines agences qui sont là n’ont aucune plus-value car ne font que payer des salaires. C’est pourquoi nous devons revoir le modèle de la fonction publique », préconise le Premier ministre. Ce qui passe par des consensus forts car aucun pays ne peut décoller, dit-il, sans consensus. « Les pays qui se sont développés ces dernières années sont des pays où les libertés sont réduites. Nous sommes une démocratie, avec des droits et libertés consacrés et c’est tant mieux. Mais, plus il y a des libertés et des droits, plus il doit y avoir de la responsabilité. C’est pourquoi, le modèle doit être rediscuté car l’injustice c’est dans les deux sens. Si l’Etat peut satisfaire une doléance et s’abstient, c’est une injustice ; idem pour le travailleur qui demande l’impossible. C’est ça qui conduit à la confrontation et personne n’y gagne. Personne ne gagne dans la confrontation sociale », dit-il.
Le Pm tend la main aux syndicalistes pour travailler ensemble
Revenant sur la demande de Baïdy Agne qui appelle à sortir de la zone de turbulence, le Premier ministre n’a pas manqué de faire remarquer qu’on ne peut sortir de la zone de turbulence si le pilote et les passagers se battent. Il a ainsi appelé à construire notre modèle sur la base des acquis, à travers un dialogue constructif et transparent. Il a aussi appelé les syndicalistes à suspendre la grève et les mouvements d’humeur pour un temps et poursuivre la discussion et le travail pour finaliser le pacte avant le 1er mai. « Notre priorité ce n’est pas de construire des immeubles, mais c’est l’agriculture, la pêche et l’élevage et le secteur industriel. Construisons une économie, créons les conditions de notre souveraineté », plaide le Pm. Revenant sur la doléance de Cheikh Diop de la Cnts-Fc qui révèle que les travailleurs n’ont pas besoin d’une maison aux Almadies, mais de sauver leurs maisons qui brulent en banlieue. « Ce n’est pas la maison qui brûle, mais le quartier. Il faut se départir de la conception du moi et de ma maison. Il faut qu’on travaille à la dépasser. Chaque travailleur a droit de vivre dans la décence », tranche le Pm. Par ailleurs, Ousmane Sonko a déploré la surfacturation dans les projets de construction d’universités et d’hôpitaux à l’origine de l’arrêt des travaux.
M. CISS