Bien que l’on note une petite accalmie dans la ville de Ziguinchor, les protestations contre l’affaire Ousmane Sonko Adji Sarr se poursuivent et s’étendent aux départements environnants. Loin de la ville, des manifestants ont choisi hier la route nationale numéro 4, dans le département de Bignona pour exprimer leur colère contre le régime et témoigner leur soutien au leader de Pastef. Ils ont utilisé des troncs d’arbres pour barrer la route durant près de 4 heures, brulé des pneus, obligeant les passagers à aller s’abriter sous les arbres dans la forêt.
De la fumée assombrissant tout l’horizon, une longue file de véhicules garés sur la route même ; voilà le décor qui nous a accueilli hier au niveau de la route Diouloulou-Bignona. Il s’agit d’une manifestation des sympathisants de Ousmane Sonko. Des jeunes, la vingtaine, ont en effet barré la route avant d’aller s’installer tranquillement dans la forêt. Surpris par la situation, la quasi-totalité des passagers sont descendus des voitures pour tenter de comprendre ce qui se passait, malheureusement il n’y avait personne à qui s’adresser. Il a fallu que certains prennent l’initiative d’aller chercher les auteurs des barrages. Longeant la route à pied, contournant les obstacles placés sur celles-ci, nous avons marché quelques kilomètres après le village de Badiana pour apercevoir l’un d’eux. Machette à la main, ce dernier nous intime l’ordre de nous arrêter. Dès que nous nous sommes exécutés, les autres sont automatiquement sortis des bois, les uns armés de machettes tandis que d’autres avaient de longues branches d’arbres entre les mains.
Un homme, la cinquantaine, a proposé au groupe de le laisser leur parler. Les jeunes ont eux aussi désigné du doigt l’un d’eux, leur chef probablement. Les deux hommes se sont entretenus quelques minutes avant qu'ils ne s’avancent ensemble vers le groupe. «Nous ne vous voulons aucun mal soyez rassurés», les premiers mots du jeune «chef». Ce dernier de préciser ensuite : «nous avons un message à faire passer au régime et c’est tombé sur vous malheureusement. Nous vous demandons donc de coopérer et tout se passera bien», nous lance-t-il avant de tourner le pas. Le vieux s’empressa de lui emboîter le pas, pour lui rappeler pourquoi les voitures ne peuvent pas passer la journée sous le chaud soleil : «nous vous comprenons parfaitement et respectons votre point de vue, mais je viens de vous dire que nous avons une dépouille avec nous. Nous devons aller l’enterrer le plus rapidement possible».
L’une des voitures transportait une dépouille
En premier lieu, ils décident de laisser la dépouille passer seule avant de céder à la demande du vieux qui les implore à nouveau de laisser tout le monde passer. Une demande que certains manifestants n’ont pas voulu entendre. Hors de question pour eux de céder quoi que ce soit, les barrages ne doivent pas bouger. Il a fallu que «le chef» hausse le ton pour qu'ils permettent aux véhicules de passer.
Alors que nous nous croyions sortis d’affaire, les véhicules en tête de file se sont arrêtés à nouveau, juste après quelques kilomètres : un autre barrage s’est encore dressé devant nous, mais cette fois-ci, pas besoin de chercher les manifestants : ils étaient bien là, debout et alignés derrière le dernier barrage. Le groupe décide d’engager à nouveau la même procédure : négocier pour passer. Mais cette fois-ci, les manifestants décident de ne laisser que la dépouille passer. Dès que la voiture avec le corps est passée, ils se sont empressés de fermer la route.
Les négociations n’y feront pas grand-chose, impossible de leur faire entendre raison. Ils sont restés fermes sur leur position. Intransigeants ; ils ont promis de s’en prendre à quiconque ose franchir leur barrage sans leur aval. Alors chauffeurs et passagers ont dû se résigner à attendre, certains dans les véhicules d’autres installés sous les arbres de la forêt sur les abords de la route nationale 4. Le temps passait et les manifestants continuaient de déverser leur bile sur le Président Macky Sall et son régime «Nous en avons marre de voir Macky Sall faire de ce pays sa propriété. Le peuple lui a confié sa destinée à deux reprises, maintenant qu’il en a fini, il va nous laisser notre pays dans la paix », lance l’un d’eux.
Un autre, visage couvert avec une écharpe s’empresse de s’expliquer : «nous voulons qu’il sache que pour défendre Ousmane Sonko et le projet de Pastef, nous sommes prêts à tout. Nous ne reculerons devant rien ni personne, même pas devant son général Moussa Fall». C’est dans cette ambiance que nous avons attendu près de 4 tours d’horloge sous le chaud soleil avant qu’ils se décident à laisser passer les véhicules. A noter qu’en aucun moment de cette longue attente, aucune intervention des forces de l’ordre n’a été notée.
Ndèye Khady DIOUF