74 ANS APRES THIAROYE 44: Des universitaires français et sénégalais cogitent sur la reconnaissance et l’indemnisation des victimes et de leurs héritiers



 
74 ans après le massacre de tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, la France vient pour la première fois d’organiser un colloque pour échanger sur le problème des indemnisations et pensions des victimes et de leurs héritiers. Une reconnaissance des victimes de Thiaroye 44 est demandée, de même qu’une indemnisation pour corriger le déséquilibre économique qui existait.
 
En décembre 1944, quelque 1600 tirailleurs sénégalais, récemment rapatriés de France, réclament leurs primes de démobilisation et solde d’arriérés. Mais, au lieu d’argent, ils reçoivent les balles des gendarmes français, aidés de soldats de régiments voisins, qui ont investi le camp, tuant 70 tirailleurs. 74 ans après, pour la première fois en France, un colloque a été organisé, conjointement par l’Université de Limoges et celle de Dakar, pour tenter d’aborder ce sujet hautement sensible, d’un point de vue purement scientifique. Le colloque a vu la participation de plusieurs intervenants, dont des enseignants-chercheurs des universités de Limoges et Dakar, à l’instar de Raphaël Ndiaye, Hélène Pauliat, Pascal Plas, Pascal Texier, Ibrahima Dia.
 
Un déséquilibre au niveau des rémunérations, indemnisations et pensions
 
D’après Ibrahima Dia, président de l’antenne française de la Fondation Leopold Sédar Senghor et participant au colloque, que nous avons eu à contacter, des questions comme l’indemnisation ont été soulevées pour critiquer une certaine inégalité. Et l’injustice à ce niveau a été soulignée. «Il y a eu un déséquilibre économique au niveau des rémunérations, des indemnisations et des pensions. Le point focal de notre réflexion était l’arrêt Diop de 2001, rendu par le Conseil d’état», explique-t-il. Cet arrêt de novembre 2001 est relatif à la revalorisation des pensions militaires de retraite concédées aux personnes de nationalité étrangère, ressortissant des Etats ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou la tutelle de la France.
Pour le professeur de l’Université de Limoges, Ibrahima Dia, il faut que le déséquilibre en matière d’indemnisation soit revu. «Il y a un certain nombre d’accusations à corriger. Par exemple, plusieurs tirailleurs sénégalais étaient en captivité en Allemagne et les autorités françaises leur ont reproché d’avoir fui», affirme-il. Avant de poursuivre qu’il y a eu plusieurs erreurs faites par le régime français. «Les tirailleurs n’avaient pas tous le même droit. Et le colloque a permis de revenir sur le problème de l’indemnisation, mais aussi sur la réparation du préjudice», explique-t-il.
 
La reconnaissance des victimes de Thiaroye 44, une urgence
 
Pour le professeur Dia, le combat continuera jusqu’à l’obtention de la réparation du préjudice. «Nous comptons mettre sur pied des armes juridiques, politiques et diplomatiques pour la réparation du préjudice», informe-t-il. En plus des questions d’indemnisation, la reconnaissance des victimes de Thiaroye 44 a été soulevée.
 
Khadidjatou DIAKHATE (Stagiaire)

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